Le CSA-SD consacré à la préparation de rentrée du Second degré s’est tenu le 20 mars 2026.
Les représentantes de la FSU ont voté contre les propositions faites.
Voici la déclaration faite par les représentantes SNES-FSU 31 :
Monsieur le DASEN,
A chaque préparation de rentrée scolaire depuis bien longtemps, c’est toujours la même mauvaise histoire, encore et encore. Si nous étions des rentiers vivant de leurs actions du CAC 40 par exemple, nous ne pourrions pas dire la même chose ; nous pourrions dire qu’il y a eu une ou deux mauvaises années mais que globalement, ça s’est bien passé et même très bien passé. Cet espoir donc d’une amélioration, un jour, de la situation s’éloigne à chaque fois un peu plus. Parfois cependant, le contexte général pourrait nous aider à faire passer la pilule mais là, dans ce contexte mondial qui est ce qu’il est, avec la montée des extrêmes droites partout, la banalisation de la violence et de la guerre, l’encouragement à la haine et la défaite de la raison, notre pays dérive aussi. Nous ferons grâce à l’assemblée d’une liste détaillée des errements belliqueux des dirigeants des grands pays, mais pour le nôtre, la tentation d’un pouvoir autoritaire, belliqueux et xénophobe, le dénigrement des syndicats porteurs de progrès social, la mise en accusation des fonctionnaires qui seraient une charge, l’abandon des ambitions écologiques et l’érosion des systèmes de solidarité aussi basiques que ceux des retraites ou de la sécurité sociale ont bien pour corollaire l’accroissement des difficultés dans l’Éducation nationale. On le répète souvent mais le fait que les enseignants français soient parmi les moins bien payés avec les classes les plus chargées dans l’OCDE est bien la partie émergée de l’iceberg. L’autre partie de l’iceberg, c’est que la situation empire de façon inéluctable vers un crash qui, si on ne fait rien, sera sans doute une privatisation partielle de notre système scolaire. Profiter d’une baisse démographique pour faire baisser le nombre d’élèves par classe à moyens constants par exemple n’est même pas envisagé alors qu’il y avait quand même un effet d’aubaine ! C’est désolant. Finalement, quand on voit le monde et comment on considère la question de l’éducation de la jeunesse, on comprend même la baisse inéluctable de la natalité dans notre pays... Même cette petite exception française, qui laissait entrevoir une certaine confiance relative en l’avenir, disparaît... Préparer la guerre et baisser les budgets de l’éducation, tout un programme que la FSU combattra toujours.
Il suffit, Monsieur le Dasen, de regarder les chiffres que vous nous avez transmis pour illustrer ce propos liminaire.
Un budget départemental insuffisant à tous les niveauxQuand on a 270 élèves en moins en collège dans notre département, on supprime 45 ETP, soit un ETP de moins tous les 6 élèves. Quand on a 614 élèves en plus en lycée, on crée 23 postes, soit un ETP de plus tous les 26 élèves. Même si on ne peut pas complètement comparer les chiffres bruts en lycée et collèges, on peut quand même affirmer qu’il y a un écart de 400% entre le nombre d’élèves qui permet de créer un ETP et celui qui permet de supprimer un ETP. En gros, on supprime 4 fois plus vite les postes qu’on ne les crée. Et au total, sur le département, avec 546 élèves en plus (tous niveaux confondus avec des élèves en moins en collège et en plus au lycée), au lieu d’avoir des créations de postes, on a ... une suppression. Pour donner un ordre de grandeur, 546 élèves, c’est la taille d’un petit collège avec une quarantaine de profs...
Et bien évidemment, le H/E baisse et le E/D augmente encore dans le 31... et, dans les ULIS, le plafond de 16 ou 17 élèves par section est maintenu quand la préconisation ministérielle, elle, n’a pas bougé : c’est toujours 10 élèves maximum par section. On est bien loin du compte.
Quand on détaille un peu, on constate aussi qu’en lycée par exemple, les établissements avec des IPS faibles sont aussi ceux qui sont les plus chargés en élèves notamment en seconde. Alors que le E/D moyen en Haute-Garonne est de 34,02 en seconde, il est à 34,3 à Déodat, 35 à Joséphine Baker et à 35,2 à Toulouse-Lautrec. Ce n’est pas acceptable, d’autant que ces lycées ont déjà l’an dernier communiqué leurs difficultés par des actions de grève.
Dans la voie professionnelle, les formations dans notre département ayant un taux de pression élevé, il n’y a pas assez de places vacantes pour accueillir tous les sortants de troisième. Aussi, si l’expérimentation menée dans notre académie depuis plusieurs années avec 4 classes passerelles destinées à accueillir ces non affectés pour travailler leur orientation peut paraître louable, il serait efficient d’avoir un bilan sur le devenir des jeunes à leur sortie. En effet, l’année prochaine, avec 9 classes de 24 places dans notre département, nous pouvons regretter que ce budget ne serve pas pour ouvrir des places en CAP ou en Bac pro, ce qui permettrait à quelques non affectés de commencer directement une véritable formation professionnelle. Nous rappelons aussi notre opposition à la réforme des métiers d’art en brevet national (BNMA) qui ne peut se substituer au parcours existant de 2 ans de CAP et 2 ans de BMA et qui réduit ce parcours de formation d’un an. On peut craindre que cette réforme n’engendre, elle aussi, qu’une augmentation des non affectés post 3e.
Dans ce contexte, nous rappelons ici qu’à ce faible taux d’encadrement des enseignants, il faut ajouter le manque tout aussi criant d’assistantes sociales, de PSY-EN ou d’AESH ; pour les AESH dont la précarité est proportionnelle à la considération de l’inclusion par notre Ministère, nous rappelons ici un combat sur leur statut que nous ne lâcherons pas, et la lutte intersyndicale dans notre département déjà importante ne fera que s’accentuer. La FSU en prend l’engagement.
Et à ces manques cruels s’ajoute celui des AED. Il ne faut donc pas s’étonner de l’explosion des incidents dans les établissements, et vous avez pu constater d’ailleurs des crises aigües dans plusieurs vies scolaires des collèges sur la question des AED qui n’en peuvent plus de gérer des problèmes insurmontables. On le sait déjà, la volonté politique d’un budget insuffisant ne pourra pas apporter plus d’AED et on peut donc vous annoncer que ces crises dans les vies scolaires vont encore augmenter. Et toujours à propos des AED, nous ne vous parlons même pas de la façon dont sont parfois traités ces personnels précaires ; il suffit de lire les témoignages édifiants d’anciens AED du lycée Bagatelle de Saint-Gaudens pour en avoir un aperçu qui, nous l’espérons, doit malgré tout être exceptionnel, comme l’est la situation de ce lycée.
Il ne faut pas s’étonner non plus que, de plus en plus, dans ce contexte où tout le monde est et sera en tension, des problèmes de management dans les établissements fassent craquer nos collègues. Moins il y a de moyens humains, plus les conditions d’exercice de notre métier sont difficiles, moins le taux d’acceptation de certains errements managériaux est important. Nous vous exhortons ici, Monsieur le DASEN à faire plus et mieux pour régler ces problèmes RH, comme nous vous l’avons demandé par exemple pour le lycée de Saint-Gaudens et bien d’autres. Vous avez une influence limitée pour ce qui est des moyens, mais vous avez encore la possibilité de régler certains problèmes de management toxique qui ont parfois, souvent, l’effet goutte d’eau. Nous sommes au service de l’éducation de nos élèves mais cela ne peut pas se faire au prix de notre santé. Essayons donc, Monsieur le DASEN, d’au moins résoudre les problèmes qu’on peut résoudre.
Et en parlant de goutte d’eau, et, pour le coup notre Ministère n’est pas responsable, nous voulions aussi vous faire part des remontées que nous constatons liées au désengagement des collectivités locales et notamment de notre Région pour les lycées. Engagée dans une course numérique obsolète s’opposant frontalement au « moins d’écran » pour la jeunesse, la Région ne renouvelle plus les manuels papier et, préférant distribuer sans aucune condition de ressources des ordinateurs à tous les élèves, elle abandonne le parc informatique des établissements, augmente les tarifs de cantine ou refuse des travaux dans des établissements qui vieillissent prématurément. Pour les collèges aussi, il y a des inquiétudes par rapport au plan de constructions qui est toujours à l’étude avec l’abandon plus ou moins officiel de certains projets pourtant considérés comme essentiels il y a à peine deux ans.
Pour finir, en lisant vos documents, Monsieur le DASEN, on voit tous vos efforts pour que cette répartition des moyens très contrainte ait le moins d’incidences sur les suppressions de postes occupés par des collègues. Dont acte. Mais cette approche encore humaine n’en demeure pas moins la gestion d’une crise importante, grave et durable, et cela ne suffira pas à freiner la dégradation des conditions d’enseignement dans les établissements publics de la Haute-Garonne.
Merci pour votre attention.
