14 avril 2026

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Rassemblement devant la Préfecture et rejet unanime des fermetures à l’occasion du CDEN du 9 avril du Gers

« Zéro [suppressions d’emplois], c’est suicidaire parce que dans 7-8 ans on n’aura plus besoin de professeurs, si jamais on fait ça », a déclaré Edouard Geffray. “Suicidaire”, c’est ainsi que le Ministre de l’Education Nationale a qualifié la possibilité de recruter des enseignant.es à la hauteur des besoins de l’Éducation. Cela en dit long sur la considération du service public d’éducation par le gouvernement. A l’heure où le mal-être de la jeunesse est accentué par des changements structurels de la société, mais aussi de l’école ; à l’heure où les personnels souffrent de leurs conditions de travail et d’un manque de reconnaissance, l’équipe de communication du Ministère de l’Education n’a trouvé rien de mieux que d’employer le terme de “suicidaire” pour parler d’un investissement dans l’Éducation. Peut-être ferait-on mieux d’investir dans l’armée, comme semble le vouloir le gouvernement ? En effet, le Projet de loi de finances 2026 voit un changement historique, symbolique et programmatique : le budget de l’armée avec 68,4 milliards (+6,7) dépasse celui de l’Éducation nationale (64,5 milliards d’euros). Ainsi, depuis 2017, le budget militaire a augmenté de 40 %, tandis que celui de l’Éducation n’a progressé que de 10 % en termes réels.
Alors que la démographie scolaire baisse, le gouvernement choisit de supprimer des postes plutôt que d’améliorer le taux d’encadrement et les conditions d’apprentissage. Ce sont plus de 100 000 élèves en moins à la rentrée 2026, mais la France continue d’avoir les classes les plus chargées selon un rapport de l’OCDE. Le tour d’horizon sur la question du métier de professeur.e pointe des professeur.es plus âgé.es avec plus d’élèves, moins bien payé.es, un milieu de carrière oublié avec des salaires inférieurs de 14% à la moyenne des pays, plus de contractuel.les dans le second degré avec 9,1% contre 7,1 en moyenne. La baisse démographique semble être une aubaine pour justifier les suppressions de postes et faire des économies aux dépens de l’éducation publique.
Dans le Second degré, dans le Gers, les DHG insuffisantes et l’absence de financements fléchés fragilisent encore un peu plus la carte des formations. Cette tendance est d’autant plus grave qu’elle affecte tout particulièrement les petits établissements et les établissements ruraux, dans l’incapacité de financer leur carte de formation, ce qui creuse un peu plus les inégalités. A cet égard, il faut continuer à dénoncer les moyens alloués aux établissements privés sous contrat, qui leur permettent de multiplier les options, alors que les établissements publics sont soumis à des DHG extrêmement contraintes. A titre d’exemple, sur le bassin d’Auch, la filière ST2S n’est proposée qu’au lycée privé de l’Oratoire. En outre, le Ministère de l’Education Nationale a récemment publié le “classement des collèges et lycées du Gers” et l’on fait donc le constat que ce sont ces mêmes collèges et lycées privés qui sont en haut du classement (Notre-Dame-du-Clos-Fleuri de L’Isle Jourdain, Oratoire Sainte-Marie à Auch et Saint-Joseph à Lectoure) - collèges et lycées qui par ailleurs accueillent le public issu des catégories sociales les plus favorisées du département, comme nous l’indique l’IPS, (137,3 pour Notre-Dame-du-Clos-Fleuri, indice le plus élevé du département) ; collèges et lycées qui, par leur statut privé, ont les moyens de refuser l’inscription d’un.e élève. De ce fait, ces établissements, bien loin d’offrir un enseignement d’ “excellence” comme ils le prétendent, "réussissent" mieux dans les classements par les faveurs que leur offrent l’entre-soi et la sélection. Cette "comparaison" est donc biaisée, voire malhonnête de la part d’un Ministère, qui continue de financer le privé, à rebours des revendications de la FSU.
Dans le calcul des Dotations horaires globales des établissements, et compte tenu des disparités géographiques de notre académie, visibles aussi dans notre département, la FSU demande à ce qu’une marge qualitative soit rétablie, prenant en compte notamment les IPS des établissements. Le mode de calcul doit aussi intégrer la spécificité des élèves : des classes avec parfois plus de 4 élèves à besoin particulier ne peuvent pas fonctionner avec des effectifs chargés. La FSU demande aussi le financement de la carte des formations sur l’ensemble des collèges et lycées du département, permettant à toutes et tous des collégien.nes et des lycéen.nes d’avoir accès à un enseignement public varié.
Pour la rentrée prochaine, dans le département du Gers, la suppression de moyens résulte en grande partie de l’échec des groupes de besoins avec l’abandon du “Choc des savoirs”, issu d’une bataille syndicale que nous avons gagnée. Si l’Académie de Toulouse a fait le choix de maintenir et proposer un éventuel maintien de ces groupes à l’aide d’une dotation complémentaire en 6e et 5e, celle-ci ne doit pas cacher les fermetures de classes et l’augmentation progressive du nombre d’élèves par classe d’un niveau à l’autre, avec des établissements en tension, comme les collèges de Condom, Gimont, L’Isle-Jourdain, ou Nogaro. Aussi, dans les lycées gersois, la DSDEN prévoit la suppression de trois divisions, pour une seule création. Une division est supprimée au lycée Joseph Saverne de L’Isle Jourdain alors que l’on sait que les classes sont déjà chargées sur ce secteur du collège au lycée. La seule logique comptable du ministère de l’Education nationale détériore les conditions d’enseignement des professeur.es, détériore leur santé et leur sécurité au travail et détériore la scolarité des élèves, creusant plus encore l’iniquité des chances de réussir entre élèves d’un même département. Dans l’académie, les seuils de création de classes sont de 30 élèves en collège et 36 en lycée ce qui fait de la France le pays d’Europe où les classes sont les plus chargées. La FSU revendique un maximum de 25 en collège et 30 en lycée ce qui nous rapprocherait de la moyenne européenne. Si ces seuils étaient appliqués ce sont 302 classes qu’il faudrait créer en collège au lieu des 259 prévues. Et en lycée général et technologique, il faudrait avoir 112 troncs communs au lieu de 98 ! Mais le gouvernement est plus prompt à faire converger le déficit budgétaire ou l’âge de la retraite que le nombre d’élèves par classe !
Il en va de même pour l’inclusion scolaire : la seule logique comptable, dépêchée comme argument d’autorité pour favoriser toutes nos classes “au seuil”, fragilise fortement la scolarité des élèves ULIS inclus.es en classe ordinaire, la plupart du temps sans AESH sur ces heures d’enseignement. Quelle place accorde-t-on aux AESH dans les classes surchargées en collège comme en lycée ? Nous ne pouvons plus accepter la précarité des conditions de travail des AESH : la FSU revendique un statut de fonctionnaire catégorie B pour tous et toutes les AESH. Notons aussi que dans notre département, toutes les classes ULIS dépassent le seuil préconisé de 10 élèves par division et que seulement deux SEGPA et demi bénéficient d’un poste de directrice ou directeur de SEGPA.
Avec 6 ETP en moins pour le département du Gers, cette baisse de moyens a des effets sur l’encadrement dans notre département. Même si, des efforts ont été réalisés pour limiter les effets RH, nous ne pouvons nous satisfaire de la suppression de 9 postes dans le département contre la création de seulement 4 postes. A titre d’exemples, avec 6 postes supprimés pour - 19 élèves en lycée général et technologique, on supprime un poste à chaque fois que l’on perd 3 élèves ! Ces suppressions auront forcément des conséquences sur les équilibres des équipes pédagogiques.
Enfin, dans notre département rural, nous sommes particulièrement inquiet.es au sujet du nombre croissant de compléments de service et de postes partagés qui se développent au fur et à mesure des fermetures progressives de classes. Pour un.e titulaire en poste fixe dans le Gers, il n’est pas rare d’être affecté.e sur deux établissements, voire trois dans certaines disciplines où les demi-groupes ont disparu, faute de pouvoir être financés. La proposition de créer des postes sur “réseaux” d’établissements a tout pour nous inquiéter, pérennisant une situation détériorée non statutaire et pour nos collègues. Cette précarisation dans le travail au quotidien génère, sans nul doute de la souffrance, mais surtout une rupture progressive dans la confiance accordée à l’Institution.
Si le Rectorat maintient comme seul argument recevable une baisse importante des effectifs – encore à venir – dans les établissements du Second degré, les collèges et lycées ruraux vont devoir faire face à des annonces toujours plus nombreuses de suppressions de postes dans les prochaines années. A terme, l’enseignement secondaire va être impacté, créant une inégalité territoriale dans l’accès aux services d’éducation. C’est ce que dénonce la FSU, favorable aux créations de postes là où les besoins sont criants dans notre académie, mais opposée à ce que cela induise un ensemble de suppressions dans les départements les plus marqués par la baisse démographique comme pourrait l’être le Gers.