3 juillet 2026

Métiers

Quand des formateurstrices à l’INSPE font les frais d’un changement de nature de la formation initiale imposé brutalement par le rectorat

Quand des formateurs·trices à l'INSPE font les frais d'un (…)

Dans l’académie, la mise en place de la réforme de la formation initiale des enseignantes et CPE ne se passe pas bien, c’est le moins que l’on puisse dire… Tour d’horizon des conséquences d’un passage en force du rectorat, et éléments de contexte.

Après plusieurs mois de tensions entre l’INSPE et le rectorat de Toulouse, la crise prend en cette fin d’année une tournure qui impacte les collègues du Second degré qui assurent une partie de leur service à temps partagé, entre leurs établissements, et interventions dans les masters MEEF de l’INSPE.

Le SNES-FSU dénonce la brutalité des décisions du rectorat, qui vient d’annoncer, à la toute fin de mois de juin, que les décharges des collègues intervenant dans les masters MEEF étaient remises en cause, les conduisant à se voir imposer d’assurer à nouveau des heures dans leur collège ou lycée d’affectation. Dans certains cas, cela pourrait se traduire par des répartitions de services à retravailler au dernier moment, voire, pire, à l’imposition de compléments de service dans les équipes des collèges et lycée, jusque là absolument pas anticipés ni programmés... Pour le SNES- FSU, c’est inacceptable sur la forme : les collègues n’ont pas à faire les frais du bras de fer que le rectorat a choisi de mettre en œuvre pour contraindre l’INSPE à satisfaire ses demandes.

Ces décisions surviennent dans le cadre d’un véritable conflit, désormais ouvert, entre l’INSPE et le rectorat, sur fond de changement de nature de la formation initiale (voir ci-dessous le contexte, et nos éclairages sur les enjeux). Il amplifie les désaccords déjà relevés ces deux derniers mois sur les contenus de formation, pourtant cadrés par un référentiel national.

Le SNES-FSU a déjà dénoncé, à l’occasion du Conseil Académique de la Formation continue (CAF) du 24/06/26, bien avant les refus de décharge pour formation que le rectorat accordait à des collègues formateurs jusque-là pour leur participation aux masters MEEF, les orientations très néfastes sur nos métiers de la réforme de la formation : une volonté de reprise en main par l’employeur de la formation initiale, et son éloignement de son caractère universitaire.

Extrait de la déclaration liminaire de la FSU au CAF du 24/06/26 :

A cet égard, la FSU dénonce les évolutions en cours au niveau national sur la formation des professeurs des écoles maîtres-formateurs, des formateurs académiques ou encore des ingénieurs de formation académiques : les référentiels nationaux des futurs CAFIPEMF, CAFFA et CAFIFA en cours d’élaboration, une nouvelle fois dans la précipitation, sont en évolution dans un même mouvement d’affaiblissement des liens avec le monde universitaire, d’une part en abaissant les exigences de maîtrise de compétences à caractère universitaire, d’autre part en les transformant en simple relais de “résultats de la recherche”, sans plus aucune capacité d’analyse critique et de prise de distance sur les débats et la spécificité de la recherche par le questionnement permanent, seulement rendu possible par une formation à la recherche en didactique et en sciences de l’Éducation. Ce double mouvement de déqualification, instauré pour recruter, à la main des seuls corps d’inspection, davantage de collègues, à moindre coût, et de rupture avec la recherche universitaire en construction vise la mise en place de formations de plus en plus injonctives et qui n’ouvriront plus les espaces de débat, de questionnements et d’échanges indispensables à la formation continue des cadre A que sont les enseignantes. C’est là le signe inquiétant de la mise en oeuvre d’une volonté de standardisation des pratiques pédagogiques (comme instaurés par le Choc des Savoirs que nous dénonçons toujours, ou encore le déploiement des “Collèges en Réussite”) et d’une déqualification programmée des enseignantes auquelles notre institution dénie de plus en plus, dans le prolongement de la réforme de la formation initiale, la reconnaissance de leur expertise professionnelle réflexive et de leur capacité à exercer leurs métiers en cadres concepteurs de leurs pratiques.

Le SNES-FSU continuera ses interventions visant à préserver le caractère universitaire de la formation dispensée dans le cadre des Master M2E, en rupture avec les volontés du ministère, que le rectorat de Toulouse tente en cette fin d’année d’imposer brutalement, par le conflit et en mettant en difficulté les collègues qui intervenaient jusque là à temps partagé à l’INSPE. Il demande que le rectorat revienne sur ses décisions brutales, et entende la nécessité d’une formation de haut niveau des futures collègues, y compris dans sa composante universitaire : pour le SNES-FSU, le fond de la réforme, qui déqualifie encore davantage nos métiers est également inacceptable.

Éléments de contexte et analyses du SNES-FSU

Architecture de la formation :
La réforme de la formation des maîtres, dont la mesure-phare consiste à abaisser le CAPES à BAC+3 avec un concours placé désormais en fin de Licence 3, cache en réalité aussi une transformation profonde de la nature de la formation initiale. Les lauréates des nouveaux CAPES poursuivent leur formation en deux ans après le concours, dans le cadre de nouveaux Master M2E (Métiers de l’enseignement et de l’Éducations, en remplacement des actuels masters MEEF) mis en place à la rentrée 2026. Ces lauréates sont d’abord affectées en tant qu’élèves-fonctionnaires au cours du M1 : exclusivement étudiantes, avec davantage de stages d’observation et de pratique accompagnée (SOPA), elles et ils perçoivent une rémunération (minimum Focntion publique, environ 65 € de moins que le SMIC, compensé pour atteindre le SMIC par une indemnité différentielle). Les élèves-fonctionnaires deviennent, pour leur M2, fonctionnaire-stagiaires dans le corps des Certifiées ou CPE (rémunération à l’échelon 1), avec un mi-temps en responsabilité devant élèves.

Formateurs intervenant en Master M2E : un changement de profil très éclairant
Le ministère a profité de la mise en place de ces nouveaux masters, d’architecture similaire pour le 1er et le 2d degré pour imposer que 50 % des formations soient assurées par des formateurs issus de l’enseignement scolaire : professeure des écoles, certifiés, agrégés et CPE, à temps partagé entre leurs classe et l’INSPE. C’est en soi une première rupture avec le cadre universitaire, puisque les collègues amenées à intervenir dans ce cadre ne relèvent pas de l’Université, à la différence de formateurs issus des mêmes corps, en poste à l’INSPE.

La seconde rupture tient au recrutement de ces formateurs à temps partagé entre établissements et INSPE : jusqu’ici, l’INSPE disposait d’un large droit de regard sur les candidates à ces fonctions de formation, privilégiant souvent des collègues disposant de parcours personnels les ayant conduits à disposer de compétences significatives en Sciences de l’Éducation ou en didactique de la discipline, parfois avec un doctorat ou un Master spécifique attestant de ces compétences. Ces collègues bénéficiaient donc souvent d’une approche de la formation irriguée par un lien avec la recherche universitaire en sciences de l’Éducation ou en didactique. Le rectorat de Toulouse entend désormais recruter seul les collègues amenés à intervenir à temps partagé, privilégiant les profils les plus proches des corps d’inspection, par exemple (mais pas toujours) titulaires d’un CAFFA (Certificat d’Aptitude aux Fonctions de Formateur Académique, dont la délivrance est très largement à la main des corps d’inspection). Une évolution en cours du référentiel du CAFFA réduit les exigences de lien avec la recherche, pour privilégier des profils plus managériaux, et privilégiant la compétence à diffuser « les bonnes pratiques », c’est-à-dire celles que l’institution estime légitimes, sans nécessairement de validation scientifique.
La visée est assez claire, et est cohérente avec les nouvelles orientations des nouveaux programmes de collège notamment : moins d’autonomie pédagogique pour les professeures, davantage de pratiques standardisées et prescriptives, quitte à réduire la liberté pédagogique ; des CPE plus proches des directions d’établissement.

A l’origine des décisions rectorales des derniers jours

C’est bien la désignation de nouveaux formateurs et de nouvelles formatrices, de profils très différents des équipes de formation de l’INSPE actuellement composées, qui fonde la décision du rectorat de « passer en force ». Il le fait d’autant plus volontiers que la situation financière de l’Université Toulouse Jean Jaurès, dont relève l’INSPE, est extrêmement dégradée et que le rectorat apporte un soutient financier important aux formations de l’INSPE par la mise à disposition sous forme de décharges de services de collègues du 1er et 2d degré : il se considère donc en position de peser sur les contenus et modalités de la formation, puisqu’il finance de plus en plus largement les formations des nouveaux masters M2E. Il le fait aussi dans un cadre institutionnel qui confie à un Directoire (composé du rectorat, de l’INSPE et des universités de l’académie) la mise en oeuvre concrète de la réforme, loin de tout espace de débat démocratique. Le rectorat de Toulouse est d’ailleurs parmi les derniers à installer enfin le Comité de suivi académique du déploiement de la réforme, qui associe aux institutions déjà présentes au Directoire les organisations syndicales académiques et universitaires représentatives : ce Comité de suivi, qui était pourtant un engagement national du ministère réaffirmé depuis près d’un an, sera réuni pour la première fois dans notre académie le 8 juillet 2026 seulement, après avoir été réclamé depuis des mois par le SNES-FSU. Encore un élément qui montre, dans ce dossier, la volonté de dialogue du rectorat...